Les tengu
Les tengu occupent une place unique et envoûtante dans l’imaginaire japonais. Aujourd’hui, on les reconnaît instantanément à leur visage rouge, leur regard perçant et surtout à leur long nez caricatural. Pourtant, derrière cette image devenue iconique, se cache une créature aux origines bien plus anciennes, qui a beaucoup évolué à travers les siècles.
Au départ, les tengu n’avaient rien d’humain : ils étaient décrits comme de grands rapaces capables de prendre une forme humanoïde, souvent avec des ailes, un bec et une allure de milan. Peu à peu, ce bec s’est transformé dans l’art japonais en un immense nez humain, donnant naissance à l’apparence actuelle du tengu « classique ». Ce nez ressemble tellement à celui de la divinité shinto Saruta-hiko que, dans les villages, les masques des deux personnages sont parfois interchangeables.
Longtemps, le bouddhisme les a considérés comme des êtres dangereux. Ils étaient vus comme des démons perturbateurs, semeurs de chaos, annonciateurs de guerres. Dans les premiers récits, ils n’hésitaient pas à tromper les fidèles, enlever des moines, ou provoquer des tempêtes de vent grâce à leur éventail de plumes, un objet magique devenu l’un de leurs attributs les plus célèbres.
Mais malgré ce côté malveillant, les tengu ont aussi fini par incarner quelque chose de plus nuancé : l’esprit sauvage et sacré des montagnes. Ils sont étroitement liés aux yamabushi, les ascètes du shugendō, dont ils ont adopté le costume traditionnel. Dans beaucoup d’illustrations anciennes, on les voit vêtus de leur petit chapeau noir et portant le bâton des moines bouddhistes, comme si le monde des esprits imitait le monde des hommes.
Les récits japonais les décrivent sous des formes très variées. Il existait de puissants daitengu, immenses, intelligents et presque nobles, mais aussi des kotengu, des créatures plus petites, plus animales, parfois proches de simples monstres-oiseaux. Le plus célèbre de tous est sans doute Sōjōbō, le grand tengu du mont Kurama. La légende raconte qu’il aurait enseigné l’art du combat au jeune Minamoto no Yoshitsune, futur héros de l’histoire japonaise. Au fil du temps, cet enseignement fut interprété non plus comme une manipulation démoniaque, mais comme un geste presque paternel.
D’autres histoires présentent les tengu comme des farceurs redoutables, faciles à piéger et souvent ridiculisés par les humains. On retrouve ce ton léger dans les contes populaires, où ils se laissent duper par un garçon malin qui leur vole un manteau d’invisibilité, ou par un vieillard dont ils enlèvent une bosse qu’ils finissent par coller sur un voisin jaloux.
À partir du XVIIe siècle, leur image se transforme encore. Ils deviennent moins effrayants et commencent à être perçus comme des esprits protecteurs. Dans certaines régions, les bûcherons déposaient des offrandes pour s’assurer leur bienveillance, tandis que d’autres villages utilisaient du maquereau pour éviter de se faire enlever, les tengu détestant ce poisson, paraît-il.
Finalement, les tengu s’installent durablement dans le paysage religieux et folklorique du Japon. On les vénère comme des kami (des dieux) dans certains sanctuaires, notamment sous la forme d’Izuna Gongen, une divinité ailée entourée de flammes et juchée sur un renard. Et parallèlement, dans l’imaginaire populaire, ils deviennent ces personnages excentriques, redoutables mais fascinants, dont on aime raconter les prouesses, les colères et les maladresses.
Aujourd’hui encore, les tengu continuent d’incarner cet esprit des montagnes, indomptable, mystérieux, à mi-chemin entre le sacré et le farceur, et restent l’un des yōkai les plus emblématiques du Japon.
Source: wikipédia.org
Source: ChatGPT
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